Dans cet extrait de La Science de l’Être et l’Art de Vivre, Maharishi Mahesh Yogi, fondateur de la technique de Méditation Transcendantale, décrit l’expérience de méditation profonde et explique en quoi il ne s’agit pas seulement de vider l’esprit de toute pensée.
Le fondement de la paix est la félicité. À moins d’être heureux, on ne peut être en paix.
La paix sans un bonheur véritable et durable n’est que passivité. Lorsqu’on dort pendant la nuit, on ressent l’absence d’activité. Cela s’appelle paix. Pourtant, lorsqu’on s’éveille le matin et qu’on entre à nouveau dans le domaine de la pensée, de la parole et de l’action, on recommence à se sentir misérable. La paix ressentie du fait de l’absence d’activité ne dure pas.
La paix qu’on obtient en vidant son esprit de toute pensée et en le maintenant dans un état de suspension est due uniquement à l’absence de la pression des pensées. Lorsque l’esprit retourne au domaine de la pensée et de l’action, il commence à sentir de nouveau la pression de la pensée et la contrainte de l’action. L’individu en vient alors à ressentir un manque de paix. Toutes les pratiques qui tendent à imposer silence à l’esprit sont mauvaises et, si on les continue pendant une longue période, elles auront pour effet de rendre l’esprit indolent.
Il existe de nombreuses communautés à travers le monde dont les membres restent assis en silence et s’efforcent d’entendre leur voix intérieure, ou la voix de Dieu comme ils disent. Toute pratique de ce genre rend l’esprit passif et indolent. Ceux qui ont pour habitude de réduire leur esprit au silence commencent vite à manquer de vivacité. Leurs visages sont éteints et ils n’ont pas d’énergie dans l’action. Ils paraissent paisibles, mais, dans la vie, ils sont passifs. Une paix au détriment de l’activité est une paix au détriment de la vie.
Une telle expérience de la paix se fait au détriment de l’efficacité. Toute tentative faite pour imposer silence à son esprit dans l’espoir de faire l’expérience de la conscience pure équivaut à poursuivre un mirage. Lorsque les pensées sont maintenues hors de l’esprit, celui-ci devient passif parce qu’il reste au niveau conscient de la pensée, mais en étant dépourvu de pensée. Une telle pratique engourdit l’esprit.
Ce qu’il faut, ce n’est pas essayer de vider l’esprit, mais amener l’esprit conscient aux états subtils de la pensée et, finalement, transcender l’état le plus subtil pour arriver à l’état positif de l’Être.
Maintenir l’esprit vide au niveau conscient revient uniquement à le sortir du domaine de l’activité et à lui permettre de demeurer passif ou inactif. Cela ne fait que diminuer l’intelligence de l’esprit et le rend terne et passif.
Les gens qui ont pour habitude de réduire leur esprit au silence peuvent se sentir en paix dans la vie parce qu’ils pratiquent la répression ou la négation des pensées. Lorsqu’un esprit est devenu indolent et paresseux à la suite de telles pratiques, ses pensées manquent d’énergie, il cesse de s’engager de façon dynamique dans le domaine de l’expérience et de l’activité, et cette indolence de l’esprit apporte un sentiment de paix. Cependant, chaque fois que des problèmes sérieux surviennent dans la vie, l’esprit éprouve une tension parce qu’il a été entraîné à rester indolent et passif. Et donc, lorsque l’individu doit se mettre en activité pour accomplir une tâche donnée avec précision et énergie, l’esprit se sent sous pression.
De telles pratiques sont très nuisibles aux progrès de l’individu et de la société.
Nous constatons donc que les pratiques consistant à imposer le silence à l’esprit d’une part rendent l’esprit terne et d’autre part sont telles que la paix ressentie ne dure pas. Comme nous l’avons vu, la paix ne peut être durable que si l’on peut rendre l’esprit perpétuellement heureux. Elle ne peut être durable que si la nature même de l’esprit est transformée en conscience-béatitude. Il faudrait poursuivre la quête de la paix en conduisant, par la pratique de la Méditation Transcendantale, l’esprit au domaine du transcendant, qui est la source de tout bonheur.
Lorsqu’on ne se sent pas en paix surviennent la peur, le manque de confiance en soi et toutes les mesquineries de la vie, et l’on devient tellement malheureux qu’on ne peut ni penser ni accomplir quoi que ce soit de valable. La peur est purement et simplement un manque de confiance en soi, et le fondement de la confiance est le contentement qui ne peut provenir que de l’expérience de la félicité. Il n’existe rien au monde qui puisse réellement apporter un contentement durable à l’esprit, car rien dans le monde, même si cela peut apporter quelque satisfaction à l’esprit, ne peut procurer un bonheur suffisamment intense pour satisfaire sa grande soif de bonheur. Le seul domaine de contentement est le domaine transcendantal de la conscience-béatitude. Tant que nous ne serons pas parvenus à cet état, notre paix sera toujours menacée par le moindre incident, car le contentement nous fait défaut.
La voie royale qui conduit à la paix dans la vie est l’expérience de la conscience-béatitude transcendantale, et il est aisé à chacun d’acquérir cette grande splendeur et de la vivre durant sa vie entière.
